Marché du travail
L'emploi industriel en Flandre-Occidentale : repli structurel ou pause conjoncturelle ?
Les données du T3 2024 révèlent une contraction de 3,2 % des effectifs manufacturiers. Décryptage.
Ce que disent réellement les chiffres
Les statistiques publiées par Statbel pour le troisième trimestre 2024 indiquent une baisse de 3,2 % des emplois dans le secteur manufacturier en Flandre-Occidentale, soit environ 4 800 postes de moins par rapport au même trimestre de 2023. Ce chiffre, pris isolément, peut sembler alarmant. Mais il faut le situer dans un contexte plus large pour comprendre ce qu'il signifie vraiment. La province avait enregistré une croissance exceptionnelle de l'emploi industriel entre 2021 et 2023, portée par la reprise post-pandémique et les investissements dans la logistique liée au port de Zeebrugge. Ce rattrapage était en partie artificiel : certaines entreprises avaient embauché en anticipation d'une demande qui ne s'est pas entièrement matérialisée. La contraction actuelle reflète donc une normalisation partielle plutôt qu'un effondrement sectoriel. Cela dit, deux segments inquiètent davantage nos analystes : le textile technique, où plusieurs PME de l'arrière-pays brugeois ont annoncé des plans de restructuration, et la plasturgie, touchée par la hausse des coûts énergétiques que le secteur n'a pas réussi à répercuter entièrement sur ses clients. Ces deux segments représentent ensemble environ 18 % de l'emploi manufacturier provincial. Les décideurs locaux et les syndicats surveillent de près l'évolution des commandes pour le premier trimestre 2025, qui donnera une indication plus fiable sur le caractère structurel ou transitoire de ce repli.
Quelles perspectives pour les travailleurs concernés ?
Pour les 4 800 travailleurs dont le poste a disparu en un an, la question n'est pas conjoncturelle ou structurelle — elle est immédiate. Le VDAB signale que les délais de réinsertion dans la région de Bruges sont en moyenne de 4,5 mois pour les profils ouvriers qualifiés, contre 2,8 mois en 2022. Cette détérioration s'explique principalement par un désalignement entre les compétences disponibles et les besoins réels des entreprises qui recrutent. Le secteur de la construction, par exemple, cherche des soudeurs et des monteurs, mais les travailleurs licenciés du textile ont rarement ces qualifications sans formation complémentaire. Les centres de formation en alternance de Bruges et Kortrijk ont augmenté leurs capacités d'accueil de 12 % cette année, mais la demande reste supérieure à l'offre. Le Bureau fédéral du Plan estime que si la demande extérieure en zone euro repart modérément au second semestre 2025, une part significative de ces pertes d'emploi pourrait être compensée — mais cette hypothèse dépend de variables hors du contrôle des acteurs locaux, notamment de la politique monétaire de la BCE et de la dynamique commerciale avec l'Allemagne, premier partenaire exportateur de la Flandre-Occidentale.
